Les Cahiers du Djembé · article

DIEU MERCI, JE N'AI JAMAIS ÉCRIT SUR UN CLAVIER FRANÇAIS

Patrice NganangFacebook — compte de Patrice Nganang4 vues
DIEU MERCI, JE N'AI JAMAIS ÉCRIT SUR UN CLAVIER FRANÇAIS
DIEU MERCI, JE N'AI JAMAIS ÉCRIT SUR UN CLAVIER FRANÇAIS Je me moque des écrivains analphabètes de Paris, les écrivains francophones, on les appelle, et pense à ceci : de ceux qui, 1) Ne savent déjà ni lire, ni écrire leurs langues maternelles – et comptaient sur le français pour se rattraper, et surtout, sur Paris, sur la France, France dont la dernière technologie de l’écriture inventée sur place, c’est le Bic, ou alors, la machine a taper, ou alors Minitel, 2) Ou qui, comme l’Haïtien dont je préfère ne plus dire le nom, sait sans doute lire et écrire le créole, mais est analphabète en français, c’est-à-dire ne sait ni lire ni écrire le français, et a besoin de l'IA pour pondre un roman à sa place. Qui des deux est le plus grand faussaire? Vous savez, je ris d’autant plus que les détails théoriques des Aufschreibesysteme dont Friedrich Kittler nous parlait en 1999-2000, il y a vingt ans à la Humboldt Universitaet de Berlin, j'étais alors postdoc, sont le vécu de l’écrivain que je suis depuis lors. Ce n’a jamais été facile pour moi de travailler intellectuellement en Allemagne et aux États-Unis et de publier à Paris, mais à la fin, chacun voit ce que cela signifie, et pourquoi envoyer un manuscrit ‘par la poste’ comme on le veut encore à Paris, en 2026 (ville où en 2006 être un agent littéraire, ou en avoir un, était criminel!), c’est et c’était toujours condamner son intelligence, la mienne, et l'Afrique francophone, à végéter à l’époque du gramophone, quand le monde est passé entretemps au WhatsApp files et aux clouds. Le scandale du Haïtien n’a pas seulement mis à nu un faussaire ou une classe de faussaires qui depuis 1968 (Yambo Ouologuem, Calixthe Beyala, Sony Labou Tansi, Alain Mabanckou, Max Lobe, etc) vit de plagiat, de plagiat et de plagiat, et de fainéantise intellectuelle ; il a surtout mis à lumière le vide technologique de tout un système d’édition français rétrograde. Il a suffi d’un seul texte écrit sur ordi, oui, sur un ordi, et pas au Bic, pas à la machine à taper, et envoyé, pas sur Minitel mais par fichier attaché, pour que tout s'écroule à Paris! Dieu merci, je n’ai jamais écrit sur un clavier français! Tanu