Les Cahiers du Djembé · critique

Les intellectuels camerounais face à la démission volontaire ou silence imposée autour des problématiques de la société

DR. FEUDONG TATSAFO FIDEL CASTRO4 vues
Une société existe, se construit et se réadapte en partie grâce à la présence des intellectuels. Tout comme, elle se détériore, se désagrège et se meurt lorsque ces derniers, cautionnent et valident les dérives sociétales. Ainsi, dans l’environnement camerounais et tout ce qu’on peut y observer en termes de bien ou de mal, requiert l’action ou l’inaction de ses intellectuels. Mais alors, posons-nous les questions qui pourront permettre de mieux appréhender cette thématique à savoir : qu’est-ce qu’ un intellectuel ? Comment ce dernier se comporte-t-il face aux problématiques de la société dont il appartient ? Le Cameroun, pris pour échantillon dans le cadre cette réflexion, amène souvent la majorité à décrire un intellectuel comme une personne qui possède de nombreuses connaissances et des diplômes. Plus encore, c’est quelqu’un qui a également fait de longues études à travers lesquelles, il se fait respecter. A la vérité, prendre cette notion sur ce prisme serait faire preuve de réductionnisme. C’est pourquoi, est intellectuel, un citoyen ou un individu qui réfléchit aux enjeux de son époque en rendant ses idées accessibles, en questionnant l’ordre dirigeant, en s’attélant à défendre les valeurs du bien-être de l’humain. En d’autres termes, ce dernier doit être comme le déclarait l’écrivain Aimé Césaire « la voix des sans voix ». Ce pays, certes qui regorge un potentiel d’intellectuel nous a conduit à scruter le paysage afin de les voir en mouvement autour des épineuses thématiques, hélas, c’est au regret de constater leur attitude amorphe, fuyante voire divagante vis-à-vis des cancers nationaux aux clichés variés. C’est-à-dire, ils existent par prises de paroles isolés et font face à des obstacles qui empiète sur leur collectivité. Par exemple, les féminicides, infanticides qui se chiffrent à moyenne à 40/mois depuis le début l’année 2026. Violences sexuelles sur femmes et enfants à répétition n’ont pas, en date, amené les intellectuels à faire front commun pour exiger auprès de l’Etat, un durcissement de la loi pour les réprimer. Le secteur éducatif n’est pas de reste, des grèves tant au supérieur (SYNES), au secondaire (OTS) et primaire (les intégrations). Au plan économique, le Journal Ecomatin dans sa parution du 18 mai 2026, évoquait « 15416 milliards FCFA » comme la dette du Cameroun ; ce qui ne suscite point d’interrogation chez ces intellectuels. Une telle asphyxie économique qui a des conséquences sur le panier de la ménagère, ne semble pas pour autant interpeller l’homme intellectuel. Sur la dimension sécuritaire, voici près de 10 ans de guerre en zone anglophone et 12 ans d’insécurité avec le phénomène de boko haram, que disent nos intellectuels face aux affres de ces instabilités ? Au plan politique, les valeurs démocratiques non respectées ne font l’objet d’aucun émoi chez ceux-ci ; notamment, en matière des libertés d’expression, le respect de la volonté des électeurs aux scrutins présidentiels de 1992, 2018 et 2025, les violations constitutionnelles en avril 2008 et 2026 etc. Face donc au sinistre paysage laissé voir dans cet Etat camerounais, l’abandon de l’intellectuel s’explique ou est perceptible sous un double angle à savoir : volontaire ou imposée. Une telle attitude se justifie au regard, des positions occupées, calculs rationnels, des appartenances, alliances, non solidarité, et de la répression au sein du système. A travers ces éléments, on peut donc cerner véritablement ce qui éloigne l’ensemble de nos intellectuels disséminés ici et là. Toutefois, l’on dénote souvent quelques-uns qui, précocement ou soudainement, en fonction du vent ou la ferveur populaire autour d’une question d’intérêt national, cherchent à se l’approprier ou revendiquer son monopole. Par conséquent s’est donc à se demander, s’il y’a lieu d’espérer voir le Cameroun radieux avec de pareils citoyen dès lors que les prises de paroles sont disparates ?