Les Cahiers du Djembé · critique
L’après Paul Biya et l’urgence d’une reconfiguration constitutionnalisée d’accession au pouvoir suprême au Cameroun : sauver « l’institution-le territoire-la patrie »
sauver « l’institution-le territoire-la patrie »

Point besoin de s’étonner du gouffre dans lequel est plongé la nation camerounaise qui est imminemment lié au mode d’entrée ou de prise de commande politique de la figure centrale dominatrice incarnée par le président de la République. Intervenant dans tous les secteurs de la vie nationale dans la mesure où, rien d’envisageable et de réalisable ne lui ai véritablement inconnu lors des lucides moments de sa gouvernance. Ceci a très vite permis qu’on l’assimile à Alpha et Omega pour emprunter ainsi dans la théologie chrétienne. Il est donc le centre, l’épicentre, le macrocosme primordiale et prioritaire de l’univers triangulaire hégémonique camerounaise du temps contemporain. Cette puissance plus ou moins acquise ou innée, a été possible par le truchement des normes, du mystique voire des jeux et enjeux des alliances.
Ainsi, par cette observation, cette fonction suprême dans ce pays se révèle comme un présidentialisme démocratique jadis exercé par l’ex chef d’Etat Amadou Ahidjo, aujourd’hui par son excellence Paul Biya et suscite pour le futur, une convoitise par une région ethno-géographique notamment les « grassfield ». Ce troisième groupe aspirant au contrôle supra institutionnel, en filigrane, s’opposerait donc au « triangle équilatéral », théorie du professeur de droit public Gariel Nlep où, en son temps, montrait déjà que, trois tribus gouvernent au Cameroun à l’instar des Nordistes, Fang Beti et Grassfield. En ce sens, l’une ordonne au sommet et les deux autres l’accompagnent dans l’exécution.
Loin de remettre en cause ce postulat irréfutable et pertinente, cette triangularité du partage du « gâteau national » nous parait limiter voire révolu lorsqu’on sait d’après la médecine moderne que, c’est la tête qui commande l’ensemble des parties du corps humain. Autrement dit, la redistribution des postes ou pans de pouvoir aux alliés directs ou indirects ; visibles ou invisibles, comme mode de construction et de stabilisation de l’Etat a, au fil du temps, permis cette catégorie d’acteur lorgnant ce pouvoir suprême, de comprendre que, c’est en réalité la tête qui est le nœud de l’architecture fonctionnelle dudit pays. Conçu et accepté par excellement, ce modèle politique pyramidale noyé dans ce système de gouvernance réintroduit depuis 1990, nous incombe impérativement de mener une réflexion sur la réorganisation, la réadaptation voire la reconfiguration de l’accession du président de la République à cette prestigieuse fonction, afin de prévenir les dangers alarmants qui ne cesse de graviter autour de cette institution.
C’est donc à partir de là, que nous suggérons, pour l’avenir de ce pays, d’asseoir cette démocratie en son versant d’élection présidentielle soit sur le principe de « rotativité des acteurs à la suprême ou l’ultime fonction étatique suivant la logique du triangle équilatéral. Soit en s’appuyant sur la bi-linguisticité comme référentiel d’accession à la supra institution du pays. Le premier format sus proposé, pose les fondamentaux d’une alternance au sommet où chaque « pays organisateurs » pour paraphraser Charles Ateba Eyene ou encore les « macros composantes ethno-culturelles », dirigeront à tour de rôle. La deuxième approche est ancrée sur fédéralisme linguistique national hériter des ex-colons. Ce diagnostic est le résultat des batailles politiques intensives que se livrent les acteurs dans l’arène Cameroun et donc, difficilement ils osent les porter à la place publique ou du moins les voilent. Pourtant dans les chaumières, elles sont au centre des débats.
Au demeurant, admettons que c’est le politique, précisément le chef de l’Etat dans le contexte du Cameroun, qui définit et oriente la nation suivant ce que prévoit le constituant. Penseurs, chercheurs et intellectuels se proposent au regard des faits passés ou actuels, d’interpeller tout d’abord, les dirigeants ou aspirants. Ensuite, citoyens ou conscience nationale. Et enfin, le Cameroun en général en interne comme en externe, sur les éventuelles possibilités de construire, de renforcer et de préserver un Etat démocratique d’inclusion en s’attaquant à ce qui tient lieu de poumons d’organigramme des institutions du pays : la présidence de la République du Cameroun.

