Les Cahiers du Djembé · critique

Liesses communautaires et discours de remerciement d’un haut commis de l’État après nomination par le président de la République : à qui être redevable et pour qui travaille-t-on ?

Dr FEUDONG TATSAFO FIDEL CASTRODjembé4 vues
Liesses communautaires et discours de remerciement d’un haut commis de l’État après nomination par le président de la République : à qui être redevable et pour qui travaille-t-on ?
L’avènement de la démocratisation sous le magistère du Président Paul Biya a permis d’observer un fait tout aussi particulier, les cris de joies de la communauté dont le fils-citoyen a été nommé et le mot de remerciement du bénéficiaire de cette nomination. Ainsi, le 17h du poste national de la Cameroon Radio and Telecommunication (CRTV), les comptes officiels des réseaux sociaux du chef de l’Etat etc., sont généralement suivis dans l’attente fatidique d’une telle information relative à une ascension institutionnelle d’un citoyen. Que ce soit lors des remaniements ministériels, des réaménagements sécuritaires, politiques…, tout institutionnel coopter, promu et sa communauté avec, se donnent à un rituel très médiatisé à savoir : allégresses et remerciements.  C’est pratiquement un instant de fête, de réjouissance qu’on observe d’une part, chez ceux qui se revendiquent être directement (biologiquement) et d’autre part, indirectement (du même parti politique, ethniquement) de celui à qui, a été offert, un pan de pouvoir dans la nation.              La récurrence de cette pratique qui se voudrait légitime et ne souhaiterait que sa normalisation mérite qu’on se pose des interrogations. Comment expliquer la récupération et la transformation d’un acte nominatif d’un citoyen en un instant d’agape ?  Quel est l’enjeu qui se cache dans le discours de la personne nommée et qu’est-ce que la nation ou la République doit attendre de sa gouvernance ?          Loin de vouloir exhumer les anciens actes nominatifs des collaborateurs décédés ou vivants et en fonction de l’actuel président camerounais et voir comment ils ont été accueillis et célébrés, nous prendrons pour cas pratique, le décret 2026/334 du 16 octobre 2026 portant monsieur Nama Remy comme président du conseil constitutionnel du Cameroun. Suite à cette décision, l’on a pu voir à travers internet la fierté de ces proches de divers horizons et le tout premier discours de cette nouvelle autorité fut d’affirmer « je peux dire au chef de l’Etat que la confiance qu’il a placée en moi, je vais tout faire pour la mériter ».   Dans un registre aussi similaire aux acteurs bien avant lui, à première vue, on pourrait retenir plusieurs aspects.          D’une part, l’actuel institutionnel, dans son discours, sous-tendrait que sa gouvernance viserait à honorer celui qui l’a porté à cette fonction et non pour veiller la constitutionnalité des actes républicains. D’autre part, il se laisserait expressément voir que, ce dernier, œuvrerait à pérenniser la domination du parti politique dont il est issu notamment RDPC, soit en occultant de dire ou d’appliquer le droit objectivement, soit en renonçant de reconnaitre qu’il a la compétence de sa propre compétence. Outre cette inquiétude, on aurait un sentiment où, l’occupation de certaines fonctions au pays, appartiendraient aux natifs de l’ère géographique proche à son Président de la République et par ricochet, ceci contribuerait au renforcement de leur suprématie et leur priorisation dans la configuration politico-administrative du pays.           Il urge donc de marteler qu’en réalité, la présence des agapes, des festins et l’allocution de l’acteur institutionnel choisi pour un poste de responsabilité dans la configuration managériale du pays, donnerait à avoir un Etat ethnicisé ou patrimonialisé, c’est-à-dire, un appareil dominé, structuré voire fragmenté au gré d’appartenance de tribu. Aussi, un discours de remerciement qui tendrait à une soumission ou allégeance à une individu (Chef de l’Etat) au détriment de la Nation.    Par conséquent, ne serait-il pas judicieux de prohiber l’effectivité d’une telle pratique qui serait des signes prémonitoires d’une gouvernance partisane et communautaire névralgique pour la Nation ?