Les Cahiers du Djembé · critique

Les transports interurbains : miroir d’un Cameroun divisé ?

Dr FEUDONG TATSAFO FIDEL CASTRODjembé11 vues
Les transports interurbains : miroir d’un Cameroun divisé ?
Au Cameroun, sous l’ère de la démocratie, plusieurs secteurs de la vie de cette nation brillent par un phénomène tout aussi particulier à savoir : les divisions. En effet, dans les champs : religion, politique, association, sport, culture, administration, gouvernance etc., elle se donnent à voir et se vivent comme un dénominateur commun. Ainsi, elles sont perçues comme une attitude de séparation, d’opposition d’intérêts, de sentiments entre plusieurs personnes dans une organisation. Cet aspect dont certains ont vite fait de confondre avec la diversité comme socle de richesse ou de positivité, est loin d’être comparable à cette dernière qui se veut pernicieuse pour la construction d’un Etat. Loin des domaines précédemment évoqués où, elles excellent, il existe également celui des transports interurbains. Suivant une quantification très importante dans ce secteur, qui, suite à une libéralisation a permis l’entrée des uns et des autres afin de se tailler une part du gâteau. On identifie de part et d’autre : « Général voyage, global voyage, Buca, Butsi, all barka line, all for God, Amour Mezam, Polyglottes, Mangwa boy, Destiny, etc. » pour le corridor Ouest du pays. Cependant, pour celui du centre « Men travel, Finex voyage, Général voyage, Touristique voyage etc. » pour le septentrion, dominé par Touristique voyage. Comment est-ce que l’ethnie interfère dans le domaine des transports au point de constituer un vecteur de renforcement de division ? Au regard de nos observations participantes, il ressort que, plusieurs éléments explicatifs pour rendre compréhensible cette question. 1- La base ou quartier général comme indice de tribalisation des agences de voyage D’une part, leur point d’implantation ou de localisation servant de base d’embarquement et débarquement est révélatrice d’un rapprochement ethnique avec ceux qui ont recours à leur service. Par exemple, pour se rendre dans le département du Noun, lieu par excellence pour avoir ces agences, « vallée béssingué » à Douala. Tout comme pour aller à Bafoussam ou Mbouda, les agences telles que Général et autres sont fortement installés à Bépanda, envahi par les ressortissants Bamiliké. 2- Voyager selon les appartenances : un frein à la cohésion D’autre part, c’est le lieu de dire ici que, l’étiquette de la filiation culturelle est aussi prise en compte dans les divisions qu’il y a autour de la floraison des transports interurbains. En ce sens qu’on est à l’aise dans une agence de voyage parce que son promoteur est plus ou moins mon frère du village ou encore partage des affinités linguistiques particulières. Autrement dit, les divisions comme creuset d’éloignement et de détestation des peuples par le biais des transports interurbains, sont liées à la proximité sociolinguistique avec l’une et non avec l’autre. En occurrence, vous verrez une forte présence musulmane empruntée des agences comme avenir du Noun, Al barka line, pour aller à Foumban ; Foumbot ; et pour la direction du septentrion, c’est Touristique voyage. Par ailleurs, pour la destination de Bamenda et Buea, des citoyens d’expression anglaise recourent à l’agence Amour Mezam. Cette construction du paysage en termes de transport participe-t-elle à une inclusion ou intégration des peuples ? A mon humble avis non. Par contre, ils seraient des instruments au service des politiciens pour davantage désunir au lieu d’unir. Au regard de ce constat, nous suggérons : 1- D’instaurer une politique de sanction ou d’allégement d’impôt vis-à-vis des opérateurs diversifiant leur corridor de transport ; 2- L’Etat doit offrir des espaces terriens aux prometteurs de transports dans les localités où ils n’y sont pas implantés afin de les pousser à y investir ; 3- Instaurer une veille médiatique et communicationnelle afin de sensibiliser les citoyens passagers sur l’utilité d’alterner ses agences de transport contre des récompenses ; 4- Stabiliser le prix des transports pour toutes les agences en générale.